3è édition du festival des Masques à Porto-Novo : Le professeur Mahougnon Kakpo déconstruit certains préjugés sur le Vodun
Tohossou, Lègba, Adjê : l’universitaire apporte des clarifications sur trois figures souvent mal comprises
👉 Les explications du professeur à l’ouverture du colloque scientifique

La troisième édition du Festival des Masques a démarré ce samedi 25 juillet 2026 à Porto-Novo avec l’ouverture du colloque scientifique organisé à l’École du patrimoine africain. Placé sous le thème « Masque Vodun : héritage et modernité », ce colloque réunit plusieurs acteurs et spécialistes autour des enjeux liés à la compréhension, à la transmission et à la valorisation du patrimoine Vodun.
À l’occasion de la deuxième conférence inaugurale, le professeur titulaire de l’Université d’Abomey-Calavi, Mahougnon Kakpo, a consacré sa communication à la théologie Vodun. Le coordonnateur général du colloque a notamment apporté des clarifications sur plusieurs entités et notions Vodun, tout en déconstruisant certaines perceptions et idées reçues héritées, selon lui, de la période coloniale.
Le Tohossou, une entité liée à la philosophie des âmes
Dans son intervention, le professeur Mahougnon Kakpo a expliqué que le Tohossou renvoie notamment à la philosophie des âmes parties très tôt et considérées comme ayant rejoint le Père céleste, ainsi qu’à celles de personnes nées avec des malformations.
Présenté comme une entité liée à l’eau, le Tohossou ne résiderait toutefois pas directement dans les eaux, contrairement à une perception largement répandue. Selon l’universitaire, c’est plutôt à partir de l’eau qu’il est invoqué et supplié afin que son temple puisse être érigé sur la terre.
Le Lègba, symbole de l’éveil et gardien du seuil
Le professeur s’est également attardé sur la figure du Lègba, qu’il présente comme le gardien du seuil. Sa caractéristique fondamentale serait l’éveil, dont le phallus constitue, dans la symbolique Vodun, un élément représentatif.
Face aux interprétations qui associent ce symbole à la sexualité, Mahougnon Kakpo a tenu à apporter une clarification. « Ce n’est pas un élément sexuel », a-t-il rectifié, expliquant qu’il s’agit plutôt d’un symbole de l’éveil.
« Quel est ce gardien qui ne va pas assumer bien son rôle s’il n’est pas en éveil ? », a-t-il questionné. Selon lui, le Lègba joue un rôle de protection en empêchant l’entrée des « intrus négatifs ».
L’universitaire a par ailleurs invité à abandonner la perception qui, depuis la colonisation, assimile le Lègba au diable.
« Adjê » : une notion au-delà de la perception de la sorcellerie
Le président du Comité des rites du Bénin a également abordé la question de l’« Adjê », souvent traduit ou présenté comme la sorcellerie. Là encore, il a dénoncé une perception qu’il considère comme largement négative et influencée par des discours hérités de la colonisation.
Selon son explication, le terme « Adjê » renvoie au pouvoir suprême de la connaissance et à la sagesse. « Celui qui connaît et qui est sage », a-t-il expliqué.
« La sorcellerie pour nous, c’est la sagesse », a-t-il affirmé, tout en soulignant que le pouvoir peut être utilisé aussi bien pour construire que pour détruire. L’enjeu, selon lui, est donc de savoir utiliser ce pouvoir au service de la construction de l’humanité.
Le professeur a notamment évoqué les Minon Nan, auxquels est attribué un pouvoir important dans cette conception.
Les travaux du colloque scientifique se poursuivent ce dimanche 26 juillet à l’École du patrimoine africain. Ils s’inscrivent dans le cadre de la troisième édition du Festival des Masques, qui se poursuit également à travers des démonstrations dans les cinq places Vodun retenues, des concerts chaque soir et la grande procession des masques prévue ce dimanche.
Ghislain Dossa Kakpo

