De Kokoumolou aux sommets de l’Union Africaine : l’incroyable parcours de John Gbenagnon

(Tout savoir sur la trajectoire du natif d’Ifangni qui inspire toute une génération depuis l’âge de 21 ans)

À seulement 33 ans, John Gbenagnon a déjà visité 52 pays, mais surtout, il a bâti une carrière riche de sens, dédiée au continent africain et ancrée dans sa ville natale d’Ifangni, au Bénin. Né à Kokoumolou et originaire de Adanmayi, il a appris l’anglais dès son plus jeune âge au Nigéria avant de retourner à Cotonou, où son éducation, auprès d’un Père pasteur, qui lui a inculqué discipline et respect.

À 33 ans, John GBENAGNON a déjà parcouru 52 pays. Le chiffre impressionne, mais il ne dit pas l’essentiel. Né à Kokoumolou et orginaire de Adanmayi, dans la commune d’Ifangni, en 1993, ce professionnel du développement a bâti pas à pas une carrière au service du continent, sans jamais couper le fil qui le relie à sa terre natale. Des couloirs de l’Union Africaine à Addis-Abeba aux sessions de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples à Banjul, des sommets mondiaux de la jeunesse aux terrains de sport du Plateau, son parcours dessine une trajectoire rare, faite de travail, de patience et de fidélité. Retour sur l’itinéraire d’un homme qui parle à toute une génération.

Kokoumolou et Adanmayi, les points de départ

Tout homme a une géographie intime. Celle de John GBENAGNON commence à Kokoumolou, localité de la commune d’Ifangni, dans le département du Plateau, où il voit le jour en 1993. La famille, elle, est originaire d’Adanmayi, dans l’arrondissement de Daagbé. Autant dire que ses racines plongent profondément dans la terre d’Ifangni. Il n’y restera pourtant que le temps des premiers mois. Bébé, il suit son père, pasteur, appelé à servir au Nigeria. C’est donc de l’autre côté de la frontière que s’ouvrent ses toutes premières années, dans un environnement anglophone dont il gardera durablement quelque chose : cette aisance naturelle avec la langue anglaise qui frappera plus tard ses interlocuteurs internationaux.

En 2000, la famille revient au Bénin et pose ses valises à Cotonou, dans le quartier Sainte-Rita. C’est là qu’il fait toute son enfance, dans un foyer de pasteur où l’on apprend tôt la discipline, le sens de l’effort et le respect de la parole donnée. De ces années entre le Nigeria, Sainte-Rita et les retours au village, il tirera une double certitude : le monde est plus vaste que le quartier où l’on grandit, et pourtant l’on n’est jamais aussi solide que lorsqu’on sait d’où l’on vient. Ifangni, il ne l’a jamais quittée en réalité. Elle est restée sa boussole, le nom qu’il donne quand on lui demande d’où il est.

Septembre 2014, la porte s’ouvre à Addis-Abeba

La première grande occasion porte une date précise : septembre 2014. Le jeune homme, alors âgé de 21 ans, est retenu parmi les jeunes consultants du DGTrends, le programme organisé par le Département des Affaires Politiques de l’Union Africaine. Pour beaucoup, ce serait une ligne sur un CV. Pour lui, c’est un déclic. Le voilà propulsé au cœur de la machine continentale, au contact des diplomates, des experts et des fonctionnaires qui font vivre au quotidien les grandes orientations de l’organisation panafricaine.

Il apprend vite. Il observe, écoute, pose des questions, comprend les codes d’un univers exigeant où la rigueur ne se négocie pas. Les coulisses de l’Union Africaine, qui intimident tant de professionnels aguerris, deviennent peu à peu pour lui un terrain familier. Addis-Abeba, siège de l’institution, il y est retourné depuis plus de vingt fois, appelé en consultant sur des missions. Vingt voyages vers la capitale éthiopienne, ce sont des centaines d’heures de réunions, de négociations et de travail technique au service des agendas continentaux. Rares sont les professionnels de sa génération, au Bénin comme ailleurs, qui connaissent aussi intimement les couloirs de la maison Afrique. Cette familiarité précoce avec les institutions continentales sera le socle de tout ce qui suivra.

Banjul, l’école des mécanismes africains
La suite s’écrit à Banjul

De 2017 à 2019, John GBENAGNON occupe le poste de Directeur de la Communication Afrique du Centre Africain pour la Démocratie et les Études des Droits de l’Homme (ACDHRS), dans le cadre du Projet sur les Mécanismes Africains financé par l’Union Européenne. Le choix de la ville n’a rien d’anodin : la capitale gambienne abrite la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), le principal organe de droits humains de l’Union Africaine, devant lequel se plaident les grandes causes du continent.

Pendant deux ans, il participe aux sessions de la Commission, y côtoie commissaires, diplomates, avocats et défenseurs des droits humains venus de tous les horizons du continent. Il apprend la langue particulière de ces enceintes, où chaque mot compte et où le plaidoyer est un artisanat de précision. Sous son impulsion, la communication du Centre change d’échelle : les actions de plaidoyer panafricain gagnent une visibilité qu’elles n’avaient jamais connue, et la voix des organisations de la société civile porte plus loin. C’est aussi à Banjul qu’il affine sa maîtrise des instruments continentaux, de la Charte africaine de la jeunesse au Protocole de Maputo sur les droits des femmes, en passant par l’Agenda 2063. Ces textes, que beaucoup citent sans les avoir pratiqués, il les manie en connaisseur, pour les avoir vus vivre de l’intérieur.

Le Bénin représenté sur la scène mondiale
Cette trajectoire ne pouvait passer inaperçue. Elle lui vaut d’être désigné Jeune Ambassadeur pour One Young World, le sommet qui réunit chaque année la plus grande communauté mondiale de jeunes leaders. Il y représente le Bénin, portant les couleurs de son pays dans un cénacle où se croisent les talents les plus prometteurs de la planète. Pour le fils d’Ifangni, le symbole est fort : la distance entre une commune du Plateau et les tribunes internationales n’est pas infranchissable, elle se parcourt à force de travail.

Son expertise voyage aussi. En Afrique du Sud, il intervient comme Expert pour le MAECI sur des questions de gouvernance, de suivi-évaluation et de renforcement institutionnel, accompagnant des organisations et des institutions dans l’amélioration de leurs pratiques. D’un bout à l’autre du continent, le constat est le même : cet homme sait de quoi il parle, parce qu’il a appris son métier sur le terrain, dossier après dossier, mission après mission.

Stratège du développement au RFLD

Depuis 2020, John GBENAGNON a pris la tête du Département de la Stratégie du Développement et de la Mobilisation des Ressources du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), organisation panafricaine dotée du statut d’observateur auprès de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Le poste est l’un des plus exigeants qui soient dans le secteur du développement. Concevoir les stratégies de financement, négocier avec les bailleurs internationaux, bâtir les partenariats institutionnels, structurer les programmes qui se déploient ensuite dans des dizaines de pays africains : tout, ou presque, repose sur cette fonction. Sans ressources, pas de programmes ; sans programmes, pas d’impact.

Dans ce métier de l’ombre où se joue pourtant l’essentiel, il s’est imposé comme l’un des professionnels les plus solides de sa génération en Afrique de l’Ouest. Les partenaires qui travaillent avec lui saluent la même chose : le sérieux des dossiers, la précision des chiffres, la parole tenue. Bilingue français-anglais, héritage de ses années nigérianes autant que fruit de son parcours, aussi à l’aise dans une négociation avec un bailleur européen que dans un atelier avec des organisations communautaires, il incarne cette génération de cadres africains capables de faire dialoguer tous les mondes. Aujourd’hui doctorant, il n’a d’ailleurs jamais cessé d’apprendre : chez lui, l’exigence intellectuelle n’est pas une posture, c’est une méthode.

Il est aussi le fondateur d’African Meridian, une plateforme née d’une conviction simple : l’Afrique doit raconter elle-même ce qu’elle fait et ce qu’elle devient. Trop longtemps, les récits sur le continent ont été écrits ailleurs, par d’autres. African Meridian entend inverser la perspective et donner la parole à celles et ceux qui construisent l’Afrique au quotidien.

Ifangni, le retour aux sources

Reste le chapitre le plus personnel, celui qui dit peut-être le mieux qui est John GBENAGNON. Lui qui a grandi entre le Nigeria et Sainte-Rita n’a jamais considéré Ifangni comme un simple lieu de naissance. Depuis 2023, il s’est engagé auprès de la jeunesse de sa commune natale en initiant le Festival des Sports et de la Culture du Plateau. L’idée pouvait sembler folle : organiser dans le Plateau un rendez-vous d’envergure mêlant compétitions sportives et expressions culturelles, avec les moyens du bord et la seule force de la mobilisation locale.

Deux ans plus tard, les faits ont tranché. Le festival a réuni plus de 35 000 participants. Des jeunes venus d’Ifangni et de toute la région, des équipes qui se sont préparées pendant des mois, des talents révélés sur les terrains et sur scène, des familles entières rassemblées, une fierté locale ravivée. Dans une commune où les occasions de se retrouver et de rêver ensemble sont rares, le festival est devenu un rendez-vous que l’on attend, dont on parle, autour duquel une jeunesse se structure.

Celui qui a vu 52 pays a choisi d’investir son énergie là où tout a commencé. Il aurait pu se contenter de réussir loin, comme tant d’autres. Il a préféré revenir, régulièrement, concrètement, et mettre son carnet d’adresses, son expérience et son temps au service des siens. C’est sans doute cela, la vraie mesure d’un parcours.

Un exemple pour la jeunesse d’Ifangni

Du programme DGTrends de septembre 2014 aux sessions de Banjul, des tribunes de One Young World aux terrains de sport du Plateau, l’itinéraire de John GBENAGNON montre qu’on peut viser haut sans renier d’où l’on vient. Pour les jeunes d’Ifangni, son histoire a valeur de preuve : les portes de l’Union Africaine, des grandes organisations internationales et du monde ne sont pas réservées à d’autres. Elles s’ouvrent à ceux qui travaillent, qui apprennent, qui saisissent chaque occasion et qui gardent les pieds sur leur terre.

À 33 ans, l’enfant de Ifangni est devenu un bâtisseur. Il lui reste des décennies pour construire, et nul doute qu’il les emploiera. Mais son plus beau chantier est peut-être déjà ouvert : donner à la jeunesse de sa commune, et au-delà à celle du Bénin tout entier, l’envie et les moyens de croire en elle.

La Rédaction

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