Dégradation des routes en terre au Tchad : « Il faut passer d’une logique d’urgence à une stratégie durable », plaide le SG de l’ARJ

Face aux fortes pluies qui fragilisent chaque année les routes en terre au Tchad, le Secrétaire général de l’Association Réveil de la Jeunesse (ARJ), Mbaiam Mbaiguedem Frédéric, appelle à des mesures urgentes et durables. Dans cet entretien, il revient sur les principales dégradations observées, les solutions techniques envisageables et les difficultés auxquelles son organisation fait face depuis le départ de son président fondateur.
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En période de forte pluie, quels sont les principaux types de dégradation observés sur les routes en terre et comment ces dommages affectent-ils la mobilité des usagers au Tchad ?
Mbaiam Mbaiguedem Frédéric :
Le réseau de routes en terre joue un rôle essentiel dans la mobilité des populations rurales et l’acheminement des produits agricoles, notamment dans les pays en développement. Cependant, ces infrastructures restent particulièrement vulnérables aux saisons pluvieuses, qui entraînent une dégradation rapide de leur état et compromettent leur praticabilité.
Au Tchad, les routes en terre constituent une grande partie du réseau routier. En période de fortes pluies, elles subissent des dégradations sévères à cause de leur faible résistance à l’érosion hydrique et du manque de drainage adapté. Dans des quartiers comme Gassi, Toukra et plusieurs autres, l’eau transforme les chaussées en bourbiers impraticables. Les véhicules s’enlisent facilement et les motos ainsi que les taxis cessent parfois totalement de circuler après une pluie intense, obligeant les habitants à parcourir plusieurs kilomètres à pied.
L’infiltration de l’eau détruit progressivement la surface des routes et les passages répétés des véhicules aggravent les trous et les ravinements. Certaines voies sont même coupées après de fortes pluies, isolant des quartiers entiers.
En tant qu’association engagée dans les domaines de l’environnement et de l’éducation, nous analysons l’impact des saisons pluvieuses sur les routes en terre afin d’identifier les mesures prioritaires de maintenance pour améliorer leur durabilité et leur fonctionnalité.
À court terme, nous proposons notamment :
la limitation temporaire de la circulation des poids lourds pendant et après les pluies ;
le reprofilage des routes pour faciliter l’écoulement de l’eau ;
le rechargement des zones dégradées avec du gravier ou de la terre adaptée ;
le curage des fossés et ponceaux ;
la mise en place de passages provisoires dans les zones coupées.
À long terme, il faudra :
améliorer durablement les systèmes de drainage ;
stabiliser les sols avec de la chaux ou du ciment ;
mettre en œuvre un entretien préventif régulier ;
impliquer les communautés locales dans l’entretien ;
mieux concevoir les nouvelles routes afin de limiter les risques d’inondation.
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Quels sont selon vous les facteurs techniques ou environnementaux qui aggravent la vulnérabilité du réseau routier en terre face aux intempéries ?
Mbaiam Mbaiguedem Frédéric:
Le principal problème reste l’absence de drainage. Dans plusieurs quartiers de N’Djamena, il n’existe ni fossés ni caniveaux efficaces pour évacuer l’eau. Résultat : l’eau stagne pendant plusieurs jours, rendant les routes glissantes et instables.
Le manque d’entretien aggrave également la situation. Les petites fissures ou les premiers nids-de-poule ne sont pas réparés à temps. Après quelques pluies, ces dégradations mineures deviennent de véritables ravins.
Pour renforcer la résilience des routes en terre, il faut des solutions techniques durables. Cela passe par :
la création de fossés latéraux pour évacuer les eaux ;
l’installation de ponceaux et dalots ;
un bombement de la chaussée de 3 à 5 % pour faciliter l’écoulement ;
la stabilisation des sols avec la chaux ou le ciment ;
l’utilisation de polymères stabilisateurs ;
le renforcement des couches de roulement avec des matériaux graveleux de qualité.
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Comment établir un diagnostic rapide et efficace des dégradations afin de prioriser les interventions d’urgence sur les axes les plus touchés ?
Mbaiam Mbaiguedem Frédéric :
Nous demandons aux autorités communales de mettre en place un système de diagnostic rapide et efficace des dégradations routières, surtout en période d’urgence. Il faut agir vite pour éviter que des dégâts mineurs ne deviennent irréversibles.
Nous sommes prêts à travailler en synergie avec la mairie de N’Djamena. Le diagnostic peut se faire à travers :
des inspections visuelles structurées ;
l’utilisation de fiches d’évaluation pour classer les dégradations ;
des technologies modernes comme les caméras haute définition et les scanners laser ;
l’imagerie aérienne en cas d’inondation ;
des enquêtes auprès des usagers afin d’identifier les points noirs.
Cette approche permettrait de prioriser rapidement les axes les plus critiques pour la circulation et les services de secours.
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Quelles mesures d’entretien d’urgence peuvent être mises en œuvre immédiatement pour limiter la détérioration des routes en terre pendant la saison pluvieuse ?
Mbaiam Mbaiguedem Frédéric :
Pour limiter la détérioration des routes en terre pendant la saison des pluies, il faut agir principalement sur le drainage et la stabilisation rapide des chaussées.
Nous proposons plusieurs mesures urgentes :
le curage des fossés et caniveaux ;
la création de saignées pour évacuer les eaux de ruissellement ;
le rechargement localisé des bourbiers avec des matériaux granulaires ;
le rétablissement du bombement des routes ;
le nettoyage des ouvrages de drainage ;
la limitation temporaire de la circulation des camions pendant les fortes pluies.
Ces interventions doivent être accompagnées d’une surveillance régulière et de l’utilisation de matériaux locaux adaptés.
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Au-delà des actions ponctuelles, quelles stratégies durables recommandez-vous pour renforcer la résilience du réseau routier en terre face aux variations pluviométriques ?
Mbaiam Mbaiguedem Frédéric :
Il faut désormais passer d’une logique de réparation d’urgence à une approche durable et proactive. La maîtrise de l’eau reste le pilier principal.
Nous recommandons :
la mise en place de systèmes de drainage performants ;
la surélévation des chaussées ;
la protection des talus avec des techniques végétales ;
la stabilisation des sols avec des additifs adaptés ;
l’adoption de la méthode Donou utilisant des sacs de terre compactés ;
l’utilisation de matériaux non argileux pour les couches de roulement.
L’objectif est de construire des routes capables de résister durablement aux fortes variations pluviométriques.
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Une dernière question de curiosité pour boucler cet entretien. Qu’est-ce qui peut encore expliquer aujourd’hui le silence observé autour de l’organisation des activités au sein de l’ARJ ? Puisqu’on ne vous remarque pas réellement sur le terrain comme avant ?
Mbaiam Mbaiguedem Frédéric :
Après le départ du président fondateur et président en exercice, Monsieur DJIMADOUM Ferdinand, l’association a subi un véritable choc organisationnel. Son départ a entraîné une perte de leadership direct et une baisse d’influence.
Aujourd’hui, l’ARJ doit se réinventer, revoir sa stratégie et parfois fonctionner au ralenti pour mieux se restructurer. Certaines de nos activités de grande envergure, comme la caravane dans les 23 régions, sont également compliquées à organiser à cause du contexte sécuritaire.
Il faut aussi reconnaître que les rassemblements publics sont fortement encadrés par les autorités dans le cadre des mesures de stabilité sécuritaire. Malgré cela, nous restons mobilisés et prêts à poursuivre nos actions aux côtés des institutions et des communautés.
propos recueillis par Info du Moment

