Le Ramadan, mois sacré dédié au jeûne, à la prière et à la charité, est une période de profonde spiritualité pour les musulmans. Cependant, dans une époque où les réseaux sociaux occupent une place majeure dans la vie des jeunes, il peut être difficile de concilier cette hyper connectivité avec les exigences spirituelles de ce mois sacré. Entre inspiration religieuse, distractions constantes et nouvelles habitudes numériques, comment les jeunes musulmans gèrent-ils leur foi dans un monde connecté ?
Si les réseaux sociaux sont souvent pointés du doigt pour leur impact négatif sur la concentration et la spiritualité, ils peuvent également se transformer en un puissant outil pour renforcer la foi durant le Ramadan. De nombreux jeunes en font un levier de motivation spirituelle. Par exemple, certains suivent des comptes spécialisés qui partagent quotidiennement des versets du Coran ou des hadiths. Fatoumata, une étudiante de 23 ans à Cotonou, raconte : « Chaque matin, je reçois une notification sur Instagram avec un hadith du jour. C’est une manière simple mais efficace de commencer ma journée sur une note spirituelle. »
Des influenceurs musulmans lancent également des défis et des programmes pour aider les jeunes à maintenir leur engagement spirituel. Le défi “1 Juz par jour”, organisé dans certains groupes WhatsApp, vise à encourager la lecture complète du Coran pendant le mois. De même, l’initiative “30 jours, 30 bonnes actions”, propose de réaliser chaque jour une action vertueuse (aider une personne, faire une aumône, éviter la colère, etc.).
Cependant, les réseaux sociaux peuvent aussi être une grande source de distraction. Le “scrolling” incessant sur TikTok ou Instagram détourne souvent l’attention de ceux qui auraient préféré se consacrer à la prière ou à la méditation. D’autres trouvent difficile de résister aux vidéos divertissantes ou aux contenus non religieux qui envahissent les fils d’actualités. « Je voulais lire le Coran avant de dormir, mais j’ai ouvert TikTok juste pour quelques minutes… et une heure plus tard, j’étais toujours dessus ! Je me suis senti coupable,” admet Idriss, 25 ans, entrepreneur à Porto-Novo.
Face à ces distractions, certains jeunes choisissent de faire un “jeûne numérique” pour se recentrer sur leur foi. Cela peut inclure la réduction du temps d’écran, l’utilisation d’applications pour limiter l’accès aux réseaux sociaux, la désactivation des notifications ou encore le remplacement de contenus distracteurs par des pages inspirantes.
À Cotonou, un groupe de jeunes musulmans a même lancé une initiative où chaque heure passée sur les réseaux sociaux est compensée par 10 minutes de lecture du Coran.
Le partage d’expériences du Ramadan sur les réseaux sociaux est également une tendance croissante. Certains publient leurs repas d’iftar, leurs prières ou leurs bonnes actions. Cela peut inspirer d’autres et partager la beauté du mois sacré. Cependant, certains s’inquiètent du risque d’ostentation, où la spiritualité devient un moyen de collectionner des “likes”. Mariam, 22 ans, étudiante en communication, précise : « Je fais attention à ne pas trop partager sur mon jeûne. La foi est personnelle, et je ne veux pas donner l’impression de le faire pour me faire voir. »
Selon un responsable de mosquée à Porto-Novo, tant que l’intention est pure, partager son expérience du Ramadan n’est pas un problème. Mais si cela devient une manière de se vanter, on risque de perdre la valeur spirituelle de ce mois. Il rappelle que ce n’est pas la présence des réseaux sociaux qui est problématique, mais la manière dont on choisit de les utiliser.
L’imam Harissou Bakari, imam central de la mosquée de Djadjou à Abomey-Calavi, souligne qu’il est essentiel d’utiliser les réseaux sociaux pour rechercher l’agrément d’Allah. Ces plateformes peuvent être utilisées pour partager des messages divins, sensibiliser les musulmans sur le jeûne et offrir des ressources religieuses comme des lectures du Coran ou des enseignements spirituels. L’éssentiel, c’est de l’utiliser pour consolider sa foi a-t-il conclu.
Stanislas M. Moudy
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