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Mali et espace AES : Djimadoum Ferdinand évoque des pistes pour une stabilité durable

  • L’intégralité de l’analyse géopolitique du juriste et politologue Tchadien sur les défis actuels

Face à la recrudescence des attaques djihadistes au Mali en cette fin avril 2026, le Tchadien Djimadoum Ferdinand, juriste, politologue et président de l’Association Le Réveil de la Jeunesse (ARJ), livre son analyse sur les enjeux sécuritaires et géopolitiques dans l’espace sahélien. Dans cet entretien exclusif accordé au média en ligne Info du Moment, il aborde les défis auxquels le Mali est confronté, les capacités de l’Alliance des États du Sahel (AES) à répondre à la menace, ainsi que les solutions à envisager pour une stabilité durable. Suivez l’intégralité de son analyse à travers l’ interview ci-dessous

Bonjour M Ferdinand ! Quelle lecture faites-vous de la situation sécuritaire actuelle au Mali ?

La situation sécuritaire au Mali, en cette fin avril 2026, est particulièrement préoccupante. Elle se distingue par une recrudescence d’attaques djihadistes coordonnées, qui ne se limitent plus aux zones périphériques, mais touchent désormais des localités stratégiques ainsi que les abords de la capitale. Cette évolution traduit une volonté manifeste des groupes armés de démontrer leur capacité à frapper au cœur du dispositif sécuritaire malien. Le Mali traverse aujourd’hui une phase critique, avec des menaces qui pèsent directement sur la stabilité du pays et, plus largement, sur l’ensemble de la région sahélienne.

Comment analysez-vous, sur le plan géopolitique, l’évolution de la menace terroriste au Sahel ?

Le Sahel est devenu l’un des principaux foyers mondiaux du terrorisme. La menace, autrefois concentrée dans certaines zones du nord du Mali, s’est étendue à l’ensemble de la région des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Sur le plan géopolitique, cela impose une approche durable et globale : il ne suffit pas d’agir uniquement sur le plan militaire. Il faut aussi restaurer la gouvernance locale, renforcer l’accès à la justice, à l’éducation, à la santé, tout en développant l’économie locale et la cohésion communautaire. La coopération régionale demeure essentielle, notamment à travers des mécanismes africains de réponse commune.

Pourquoi l’insécurité persiste-t-elle malgré les efforts engagés au Mali ?

La persistance de l’insécurité s’explique par plusieurs facteurs structurels et stratégiques. On constate malheureusement que les groupes armés ont renforcé leur coordination opérationnelle et diversifié leurs alliances, rendant leur neutralisation plus complexe. Par ailleurs, une réponse essentiellement militaire ne suffit pas à résoudre une crise aussi enracinée. Sans prendre en compte des réalités sociales, communautaires et économiques, les groupes terroristes continueront à s’implanter localement. La lutte contre l’insécurité exige donc une implication collective, dépassant le seul cadre des forces de défense.

L’Alliance des États du Sahel (AES) peut-elle faire face efficacement à ces menaces ?

L’AES représente une nouvelle dynamique régionale fondée sur la souveraineté et la coopération directe entre les États membres. Cette volonté politique est réelle et se traduit par des exercices conjoints ainsi qu’un renforcement des capacités militaires. Cependant, les menaces actuelles sont hybrides et complexes. Pour y faire face efficacement, il faut non seulement des moyens logistiques adaptés, mais aussi une forte solidarité entre les peuples et une vision commune du développement. La sécurité régionale ne pourra être consolidée qu’à travers une coopération militaire, économique et politique durable.

Quelles solutions concrètes proposez-vous pour le Mali et l’espace AES ?

La stabilisation du Mali et de l’espace AES passe par une approche intégrée. Cela implique des opérations militaires coordonnées, mais aussi la reconquête de l’autorité de l’État dans les zones fragiles.Il est également essentiel de mettre en place un centre de commandement conjoint pour assurer une surveillance en temps réel de la zone des trois frontières.Enfin, le développement socio-économique rapide reste indispensable pour réduire les vulnérabilités exploitées par les groupes armés.

Vous êtes également président de l’Association pour le Réveil de la Jeunesse. Quel rôle l’ARJ peut-elle jouer dans ce contexte ?

L’Association Le Réveil de la Jeunesse œuvre pour la sensibilisation, la cohésion sociale et l’engagement citoyen. Son ambition est de promouvoir la paix et l’harmonisation des communautés, y compris dans les zones confrontées à l’insécurité. À travers des initiatives éducatives, communautaires et citoyennes, l’ARJ encourage les jeunes à devenir des acteurs du changement, à s’impliquer dans leurs communautés et à contribuer à la prévention des conflits. Le rôle des organisations de jeunesse est crucial dans la consolidation d’une paix durable.

Pour contribuer à mettre fin au drame malien qui entre autre insécurité, crise humanitaire, blocages politiques en 2026, l’ARJ compte se mettre en amont avec la société civile malienne dans un futur proche pour agir sur plusieurs fronts, en s’adaptant à un contexte sécuritaire imprévisible et à un cadre réglementaire strict. Déployer des mesures de soutien psychologique et matériel pour les victimes d’exactions dans le centre et le nord du pays. Organiser des initiatives culturelles et sociales pour reconstruire le lien social entre les différentes communautés dévastées par ce malheur. Nous sommes attristés de tout ce malheur et nous profitons de ce moment pour présenter nos sincères condoléances au peuple Malien. Que Dieu bénisse le Mali et que Dieu soutienne les autorités maliennes dans ce moment difficile.

Quel message adressez-vous à la jeunesse et aux populations civiles pour clôturer cet entretien ?

Le message est celui de la résilience, de l’unité et de l’engagement citoyen. La jeunesse représente l’espoir du Mali et du Sahel. Elle doit rejeter la violence, promouvoir la cohésion sociale et participer activement à la construction d’un avenir meilleur. Cette période difficile doit être transformée en opportunité pour réinventer les sociétés sur la base de leurs valeurs, de leurs savoirs locaux et d’une culture de paix. C’est ensemble que pourra se bâtir un avenir stable et prospère pour la région.

Propos transcrits par Loris M.

admin

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